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Musique classique et opéra par Classissima

Mariss Jansons

vendredi 9 décembre 2016


Classiquenews.com - Articles

26 novembre

Opéras et concerts de NOËL 2016

Classiquenews.com - Articles Opéras et spectacles de NOEL 2016 : la sélection de CLASSIQUENEWS. Classées chronologiquement, ces productions là sont nos coups de coeur pour une fin d’année heureuse et réjouissante… POITIERS, ANGERS, LYON, LILLE, TOURS, LIEGE, TOULOUSE et VIENNE (sur France 2 à défaut de trouver encore de places au Konzerthaus), … soit 8 cités et capitales musicales vous ouvrent leurs portes. Voici les productions et spectacles de décembre 2016 à ne pas manquer, en cette fin de saison,… pour célébrer Noël et préparer de la meilleure façon, c’est à dire fraternellement (ensemble) et culturellement (esthétiquement), le passage à la nouvelle année 2017. Tradition bien ancrée depuis des années, l’opérette ou la comédie légère s’impose sur les scènes lyriques : les champions en sont Offenbach (Orphée aux enfers à Angers Nantes Opéra et Liège), et Johann Strauss - notre photo ci contre (Une nuit à Venise à l’Opéra de Lyon). Mais rien ne peut être comparé à l’expérience du Concert du Nouvel An à Vienne, avec le Wiener Philharmoniker, cette année piloté par le vénézuelien Gustavo Dudamel. Un événement médiatique mondiale, heureusement diffusé en direct sur France 2, le 1er janvier 2017, à partir de 11h donc. POITIERS, TAP – Théâtre Auditorium de Poitiers Concert de Noël, le 11 décembre 2016. Orchestre Poitou Charentes. Le jeune chef Nicolas Simon et le pianiste Philippe Cassard offrent un bain de musique concertante éclectique : Concertos pour piano de Mendelssohn, Ravel, et Mozart, couplés à plusieurs extraits purement orchestraux, signées Delibes, Fauré, Stravinsky… TOUTES LES INFOS, RESERVATIONS ici ANGERS NANTES OPERA ANGERS, les 14, 16 et 18 décembre 2016 Offenbach : Orphée aux Enfers . Désopilante et finement caractérisée, cette production déjà vue à Nancy en décembre 2015, reprend du service à Nantes et Angers en novembre et décembre 2016, mais avec une distribution davantage engagée, dont l’engagement et le second voire troisième degré souligne combien la parodie d’Offenbach ayant décidé de détourner les héros de la mythologie grecque, sait déployer une verve théâtralement et musicalement irrésistible, entre finesse et délirante poésie. Production événement de cette fin d’année à Angers. LIRE notre critique complète du spectacle. TOUTES LES INFOS, RESERVATIONS ici LYON Opéra de Lyon. Du 14 décembre 2016 au 1er janvier 2017 Johann Strauss : Une nuit à Venise. 9 représentations d’Une nuit à Venise (1883), – version Korngold (1923), bercent cette fin d’année 2016 dans la capitale des Gaules. Venise à l’époque de son carnaval est propice aux quiproquos savoureux… Sous les masques, les fantasmes rêvés, les situations incongrues, volontaires osent des rencontres brûlantes. L’opérette de Strauss fils II est certes moins connue que La Chauve Souris. Elle n’en cultive pas moins le même esprit subtil et même une douce frénésie dans la sensualité conquérante. Tous les acteurs chanteurs, croustillants personnages, sont prêts à relever les défis multiples de ce labyrinthe enchanteur, nuit vénitienne aux amours croisées : un duc volage (d’Urbino), un vieux sénateur jaloux Delacqua), son épouse trop jeune et trop jolie pour rester auprès de lui (Barbara), un séduisant neveu, un jeune cuisinier intrépide, quelques jeunes filles à marier et un barbier plein de ressources pour mener la danse… Pilotant l’ivresse des valses bien viennoises, même si l’action se passe à venise : Daniele Rustioni, futur chef permanent de l’Opéra de Lyon. TOUTES LES INFOS, RESERVATIONS ici LILLE Orchestre national de Lille : Happy new Year Les 15, 20 et 21 décembre 2016. Alexandre Bloch, nouveau directeur musical. Rien de plus mordant, délicieux que la pétillante énergie de l’ouverture de Candide de Bernstein ; comme la séduction idéalement rythmée de Tahiti trot de Chostakovitch… et peut-être fredonnerez-vous un air de Porgy and Bess de Gershwin – également au programme des 15, 20 et 21 décembre à l’Auditorium Nouveau Siècle de Lille, où sous la direction de son nouveau directeur musical, Alexandre Bloch, l’Orchestre national de Lille jouera les standards les plus jazzy et irrésistibles de la musique américiane…, l’allégresse et le plaisir de vivre, vrai banquet pur USA s’invite à Lille en décembre 2016 ! C’est pour le maestro Alexandre Bloch, l’occasion de retrouver en un concert phare de la saison en cours, tous les instrumentistes de l’Orchestre Lillois, explorant tout à la fois les techniques orchestrales européennes, le jazz américain et la musique populaire, de Bernstein à Gershwin (Suite de Porgy), de Márquez (Danzon n°2) à Maxwell Davies (Mavis in Las Vegas), de Copland (Fanfare for the common man) à Stravinsky (Circus polka)… TOUTES LES INFOS, RESERVATIONS ici Programme repris en région à Maubeuge (La Luna, le 16 décembre), Carvin (Salle Rabelais, le 17), et Sainghin en Mélantois, salle des sports, le 18 à 16h). TOURS, Opéra Les 24, 28, 30 et 31 décembre 2016 Franz Lehar : Le Pays du Sourire . Nouveau directeur de l’Opéra tourangeau, Benjamin Pionnier affiche une pépite rare de Léhar, roi comme Johann Strauss II de l’opérette viennoise. Fin d’année heureuse, légère, nostalgique à TOURS, avec l’une des dernières opérettes à succès, Le Pays du sourire créé en 1929, de Franz Lear, l’auteur révélé par La Veuve joyeuse (1905). Formé à Prague (où il retrouve Dvorak), de culture et style hongrois, raffiné, élégant, Lehár devenu chef d’orchestre au Theater an der Wien, ressuscite avec brio et subtilité l’opérette que tenait pour morte depuis la mort de l’inégalable Johann Strauss II. Après la première guerre, Lehár rencontre le ténor légendaire Richard Tauber (mort en 1948) qui dans les années 1920, trentenaire au sommet de ses possibilités vocales, relance le genre opérette, et crée les dernières oeuvres de Lehár (Frasquita, 1924 ; Paganini, 1925 ; Fredericle, 1928 et donc Le pays du sourire de 1929). Das land des Lächelns / Le pays du sourire appartient à l’esprit insouciant et léger de l’Entre deux guerres : l’ouvrage est créé à Berlin au Théâtre Métropol, lequel aux premières secousses de la crise cataclysmique, réunit cependant la crème de l’élite allemande, férue de divertissements. Le Comte de Lichtenfels offre un bal à sa fille, la ravissante Lisa : son ami d’enfance Gustav lui avoue l’aimer depuis leur adolescence, mais Lisa préfère répondre aux avances du prince chinois Sou-Chong, qui rappelé en Chine, propose à Lisa de la suivre : elle accepte. A l’acte II, en Chine, Lisa mariée à Sou-Chong apprend la dure réalité de la polygamie extrême orientale… Présentation complète du Pays du Sourire de Franz Lehar. TOUTES LES INFOS, RESERVATIONS ici LIEGE, Opéra royal de Wallonie Du 20 au 31 décembre 2016 Offenbach : Orphée aux enfers Sous la direction de Cyril Englebrecht, Imaginez la mythologie grecque en folie. Orphée et Eurydice forment un couple désuni qui se déteste copieusmeent. Imaginez Orphée implorant Jupiter ou Jupin (ainsi que l’Opinion Publique) de le débarrasser de sa belle. Imaginez Pluton amoureux éconduit d’Eurydice, imaginez Diane endeuillée rugissante après la mort d’Actéon, imaginez encore Jupiter dit Jupin, déguisé en mouche (grâce au malicieux Cupidon), séducteur final de la dite Eurydice : bienvenue dans le monde mythologique, détourné, déjanté du génial Offenbach (coloré de trouvailles mélodiques géniales comme le french cancan et le galop infernal du dernier tableau aux Enfers.)… Comme Nantes et Angers en France, l’Opéra royal de Wallonie à Liège affiche l’un des chefs d’oeuvre bouffons poétiques du « Mozart des boulevard ». Rien de mieux pour vivre les fêtes de fin d’année… TOUTES LES INFOS, RESERVATIONS ici
 TOULOUSE, Capitole Candide de Bernstein, du 20 au 31 décembre 2016 À mi-chemin entre Molière et Beaumarchais, Candide devait valoir à Voltaire son plus fulgurant succès de librairie. Ironique, drôle, caustique, ce petit pamphlet met le doigt sur les travers de la société, sur les hypocrisies morales et la bien-pensance affligeante, étriquée, « bourgeoise », comme sur les absurdités d’une société hiérarchisée ; où les hasards de la naissance impose l’arrogance d’incompétents irresponsable plutôt que les mérites réels de chacun. Inspiré par la vérité proclamée par Voltaire, Leonard Bernstein compose son opéra ou comédie musicale, quelques années avant le triomphe mondial West Side Story. Dans Candide (New York, 1956), Bernstein démontre un talent de mélodiste et de symphoniste hors pair, doué pour le drame comme la fièvre chorégraphique… Le Capitole de Toulouse propose une production de Candide réalisée par l’américaine Francesca Zambello TOUTES LES INFOS, RESERVATIONS ici VIENNE, Konzerthaus Le 1er janvier 2017 — Concert du nouvel an 2017 Wiener Philharmoniker – Gala du Philharmonique de Vienne Succédant au plus grands maestro, récemment, Georges Prêtre ou Mariss Jansons, le « jeune » latino, Gustavo Dudamel dirige l’élégance orchestrale incarnée, soit le collectif légendaire insurpassable, des instrumentistes du Philharmonique de Vienne. Cette année, en collaboration avec le choeur local et aussi, les danseurs de l’Opéra de Vienne, le Concert du Nouvel An le plus médiatisé de la planète respecte la tradition en programmant les Valses des Johann Strauss père et fils, mais renouvelle aussi l’exercice avec des partitions inédites ou plus rares dans le cadre de cet exercice très courru : sang viennois de Lehar, Les Patineurs de Waldteufel, La Dame de Pique de Franz von Suppé, Les Joyeuses commères de Windsor d’Otto Nicolaï… TOUTES LES INFOS, RESERVATIONS ici

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12 novembre

[Carnet d'écoutes n°101] – Tchaïkovski, Symphonie n°6

Comme pour Sibelius ci-devant, simplement quelques impressions dont la formulation est favorisée par l'écoute privilégiée en concert. ¶ Comme toujours, une orchestration vraiment physique (j'ai très souvent entendu la 5, déjà entendu la 1 et la 2, mais jamais la 6 en concert), qui sonne bien au disque mais qui, comme Wagner ou Mahler, révèle l'étendue de sa pertinence dans son impact en salle. Par ailleurs de très beaux alliages (alto-contrebasses au début, les bois isolés ensuite, ou bien la reprise du thème lyrique des cordes du I avec doublure de flûtes et contrechant de hautbois…). ¶ Je reste fasciné par la capacité de Tchaïkovski à inventer de nouveaux instruments : en faisant jouer la même chose à deux bois dans des tessitures précises, il crée une couleur inédite dans l'orchestre. Le procédé n'est pas bien complexe, mais étrangement, je ne l'entends quasiment que chez lui : témoin les clarinettes caverneuses du début de la Cinquième Symphonie (clarinette médium/grave + basson, très fréquent chez lui). Dans le troisième mouvement de la Sixième, c'est une association plus rare flûte médium + basson aigu, qui sonne comme un hautbois aux attaques douces, très étonnant et séduisant. ¶ Ici aussi, c'est peu audible, mais alors que le lyrisme paraît si direct, l'harmonie est d'une densité incroyable – c'est pareil dans ses autres partitions, le début d'Onéguine est d'un chromatisme remarquablement retors… même en réduction piano, ce n'est pas commode à lire ! Ici, cela s'entend tout de même un peu à la fin du premier mouvement, avec son superbe agrégat de cordes à la fin de l'explosion très vive, et les appoggiatures typiquement wagnériennes qui suivent (et se retrouvent en plusieurs instances dans la symphonies). Par ailleurs, j'aime beaucoup ses structures simples – mais qui ne négligent pas les entorses théâtrales à la grande forme. -- Et au disque ? Il existe des dizaines (on doit s'approcher des deux centaines) de témoignages, et considérant à la fois la qualité d'écriture et le fait que tout orchestre prestigieux l'a multi-enregistré, on croule sous les belles lectures. Je me contente donc d'en mettre deux en valeur, très différentes. ¶ Günter Wand avec le DSO Berlin (j'avais déjà loué avec la plus grande vivacité leur Cinquième , lors du 73e carnet d'écoutes), d'une intensité et d'une beauté hors du commun, à la fois généreuse et sombre, exaltée et très intensément timbrée, d'une tension jamais relâchée. Pessimiste et triomphale, désespérée et radieuse, etc. ¶ Lawrence Golan avec l'Orchestre Philharmonique de Moravie. La version de loin la plus rapide de toutes… mais elle ne paraît absolument pas précipitée, au contraire, tout coule de source. Sobriété, évidence, directionnalité, vraiment à conseiller pour tous ceux qui seraient rebutés par l'emphase de Tchaïkovski – et pour les autres, ce n'est pas pour autant un Tchaïkovski-à-rebours (pour ça, il y a Dausgaard qui le joue sans vibrato ; ce n'est pas mal, mais ce n'est pas tout à fait ça). Couplé avec des compositions réutilisant le matériau de Tchaïkovski. Côté intégrales, c'est plus difficile : la Première peut se noyer dans un sirop inoffensif, la lumière légère de la Deuxième se muter en kermesse à cloches, et, le plus frustrant de tout, la danse de la Troisième se perdre totalement… Il en reste tout de même quelques-unes qui échappent remarquablement à ces travers : Masur-Gewandhaus (les couleurs !), Jansons-Oslo (la danse !), Maazel-Vienne (le tranchant), Bernstein-NYP, Poppen-Saarbrücken… Dans celles qui n'évitent pas ces écueils, Litton, Rostropovitch, Temirkanov ou Karajan sont tout de même très valables. Parmi l'assez grand nombre d'autres écoutées, je n'ai pas trouvé beaucoup de satisfactions sans partage sur l'ensemble des six symphonies, surtout les trois premières qui sont les plus délicates.




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12 novembre

[Carnet d'écoutes n°100] – Sibelius, Symphonie n°2

Pas du tout une présentation méthodique, mais en l'écoutant hier en concert, quelques remarques récurrentes me sont venues de façon plus claire, et comme je n'avais pas les mains occupées, j'ai eu le temps de les mettre de côté. Purement la vocation d'un carnet d'écoutes, donc. ¶ L'aspect tchaïkovskien qu'on remarque souvent dans les deux premières symphonies (voire 3 et 5) tient largement, je crois, dans l'usage des cors syncopés – autrement dit, à contretemps et tenus – qui font palpiter le discours de façon très efficace. Tchaïkovski en met partout. ¶ Pardon pour le truisme, mais en vrai en remarque encore plus l'extraordinaire variété de l'orchestration : les mêmes motifs, tout en mutant dans le discours musical, vont aussi faire un tour complet de l'orchestre, des pupitres, des alliages, des modes de jeu possibles… Et le tout l'air de rien, ça ne ressemble pas du tout au systématisme des mouvements à variations. ¶ Le mélange de folklorisme, de lyrisme et de modernité (certaines sections semblent faire de la sortie de route harmonique de façon assez impressionnante) est vraiment réussi et troublant – on s'en rend moins compte à l'écoute seule, mais l'usage de la mesure et du rythme est également très libre et nouveau. ¶ Pourtant, je trouve tout de même que les appuis rythmiques qui se dérobent (effectivement, ils sont tout sauf évidents) et la discontinuité générale, la transmutation fine d'un matériau d'origine pas toujours follement mélodique en font une musique plutôt réservée aux mélomanes « informés ». Difficile d'adhérer à cette musique à la première écoute, ou simplement avec une oreille ingénue (qui s'attache à la mélodie, à la pulsation et aux changements de couleurs harmoniques plus qu'à la grande forme ou au contrepoint). Certes, le dernier mouvement se répète façon rondeau et martèle les parentés thématiques, mais je ne crois pas que ce soit tout à fait suffisant. Et ça, pose une fois de plus, la question de fond de la destination. Toute musique doit-elle être accessible à tous ? À partir de quel degré de niche peut-on la considérer comme dispensable ou autistique ? Sibelius a son public, mais on sent bien qu'il réclame ses diplômes (d'auditeur, hein, pas de musicien) avant de se laisser aimer – ce qui n'est pas le cas de Beethoven et Brahms, et même dans certains cas de son exact contemporain Nielsen. Au demeurant, c'est une symphonie extraordinaire que j'aime énormément, pour toutes les raisons dites, et d'autres plus difficiles à exprimer – la prégnance des toutes premières minutes ! Au disque ? Il existe des tombereaux de grandes versions : je distinguerais tout particulièrement Ashkenazy-Philharmonia, Oramo-Birmingham, Storgårds-BBCSO, Rattle-Berlin, Saraste-Radio Finlandaise pour ma part, mais on pourrait continuer d'aligner les noms : Jansons-Oslo, Karajan-Philharmonia, C.Davis-Dresde, Elder-Hallé, Berglund-Helsinki, Bernstein-NYP, Sanderling-Konzerthaus ou les hautement atypiques (mais réussis) Kajanus-LSO, Collins-LSO, Roshdestvensky-URSSRT, Celibidache…

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11 septembre

Se convertir à Bruckner. Continuer à maudire Barenboim.

La subjectivité a ses sinuosités et ses pièges imprévus. Il n'y a pas une semaine, je suggérais (fin de notule) aux spectateurs blasés d'aller (se faire) voir dans les merveilles des formations discrètes dans les petites salles. Et aujourd'hui, je m'apprête à déverser mon fiel sur le plus vieil orchestre d'Europe et mes doutes sur l'un des chefs les plus célèbres au monde. Quelle ironie. 1. Se convertir à Bruckner. Je crois que j'ai accédé depuis peu à Bruckner – en tout cas aux symphonies, j'ai toujours révéré les motets (mais leur filiation mendelssohnienne ne les rend pas du tout aussi spécifiques). J'avais déjà tâché de débrouiller les mots que l'on met sur son orchestration très spécifique, sur les (semi-)préjugés de son tempérament d'organiste. Mais, pour ce qui est de prendre régulièrement du plaisir aux 11 symphonies, ce n'est que dans les deux dernières années que je peux réellement me sentir inclus dans le camp des brucknériens – et, comme cela est naturel, le mouvement s'accompagne presque d'une lassitude pour les (fulgurants) tours d'histrions de Mahler. Doucement, j'ai dit presque. Mais le jeu de balançoire entre les deux, tout artificiel qu'il puisse paraître, se vérifie. François BOUCHER, Bruckner et Mahler sont sur une branche… Huile sur toile issue de la collection Beurdeley. C'est qu'à l'inverse de Mahler qui ne séduit jamais autant que lorsqu'il surprend, et parvient à tenir pendant des dizaines de minutes une tension ininterrompue, Bruckner intéresse au contraire (à l'instar de Wagner) d'autant plus quand on est durablement pénétré de sa logique mélodique, qui permet de mieux sentir les nécessités d'enchaînement qui paraissent autrement assez obscurs, voire arbitraires – si l'on peut même parler d'enchaînements chez quelqu'un qui n'aime rien de plus que de vous laisser frustré en interrompant son discours au milieu d'un climax pour repartir sans transition vers tout à fait autre chose… Lorsqu'on peut précéder la logique qui y préside, le plaisir devient tout autre. Ses points culminants ne sont pas vaine puissance et doublures superflues, mais plutôt la résultante, presque logique, de tous les éléments énoncés patiemment (et, ce qui est atypique, successivement) : l'agglomération de ce qui a déjà été dit. Assez wagnérien donc (façon final du Crépuscule), même si l'aspect de l'orchestration (évidemment !), de l'harmonie et des motifs eux-mêmes l'est rarement, à quelques quasi-citations près. 2. Se préparer à l'expérience. Ayant depuis ce temps accumulé les écoutes, j'étais assez avide d'entendre une musique aussi physique en concert, et pour laquelle je m'étais beaucoup préparé à coups d'intégrales entiers. D'autant que mes trois seules expériences (n°2 OPRF Inbal , point de départ d'un intérêt progressivement renouvelé, n°5 OP P.Järvi , n°9 OPRF Inbal ) furent d'éclatantes réussites. Je ne m'abusais pas complètement, j'avais conscience de qui j'allais entendre, et j'avais même écouté en partie la nouvelle intégrale Barenboim (en plus des deux précédentes déjà explorées) – jolie, des détails intéressants, quoique vraiment lent, épais et surtout assez figé. Toutefois, pas d'alarmes, mes goûts brucknériens sont assez tolérants, bien sûr tournés vers la sècheresse d'Andreae ou Venzago , mais aussi vers les grands ensembles de Jochum-Berlin et même de l'intégrale Karajan, assez peu aimée des brucknériens ; pour une fois, je n'aime pas forcément plus les lectures cursives de Neuhold que le classicisme apaisé et les couleurs mozartiennes de Masur… un peu tout en somme, sauf les lectures vraiment épaisses, grumeleuses et opaques. Et encore, Celibidache avec le Philharmonique de Berlin m'enchante dans la Septième, lentissime mais d'une intensité exceptionnelle – chose qui ne le caractérise pas vraiment d'ordinaire, plutôt tourné vers son propre système contemplatif bouddhico-bizarre. Entre le caractère impérieux des masses sonores, la magie propre du concert – son attention propre et toutes les autres dirigées vers le même endroit, il y a là une forme de légitimité collective qui se révèle un puissant adjuvant pour aimer ce qu'on aurait trouvé indifférent, voire désagréable, au disque –, la découverte en salle de cet orchestre quasi-légendaire (vers 1570 !), et tellement avenant au disque, sous Suitner (entre 1964 et 1990), puis sous Barenboim depuis 1992… je pouvais être confiant sur ma propension à m'émerveiller. Par ailleurs, si je n'ai jamais trop vu la singularité (en tout cas positive) de Barenboim, quelques signes intéressants se sont manifestés récemment, avec une intégrale Schumann d'une clarté, d'une nervosité et d'une qualité de coloris qu'on ne lui avait jamais entendues auparavant. Un Schumann ample, mais certainement pas pâteux – un peu à la façon des sérénades de Mozart par Colin Davis, rien moins que baroqueuses, mais révélant mainte moirure qui rendra tout aussi bien justice aux œuvre. Autant ses Beethoven étaient très réussis mais assez « standards » dans leur filiation traditionnelle, autant il semblait essayer quelque chose de neuf dans ses Schumann, pourtant un répertoire qui aurait dû exalter les limites de sa pâte très homogène et de ses articulations peu incisives. 3. Continuer à maudire Barenboim. Empêché pour le concert de la Cinquième de Bruckner (et manqué le Barenboim pianiste, que j'ai en revanche toujours grandement prisé), je fais donc connaissance avec la Staatskapelle Berlin et Daniel Barenboim hier soir, pour la Septième Symphonie. Autant je pouvais craindre un manque de lisibilité et de tenue dans les élans fugués de la Cinquième (ou un excès de monument dans ses grandes verticales), autant la Septième me paraît taillée sur mesure pour Barenboim, ne souffrant guère de la lenteur ni de l'ampleur. Au contraire, sa générosité thématique, avec des lignes plus longues que dans les œuvres précédentes, permet d'étirer à loisir tempo et pâte sans perdre de vue l'essentiel – attitude beaucoup plus dommageable aux deux premières symphonies numérotées, par exemple. Depuis l'arrière-scène, une fois de plus l'occasion de mesurer les propriétés de cathédrale de la Philharmonie de Nouvel… Le retour du son, dans les endroits les plus proches de la scène (sauf à être dans les premiers rangs et à ne recevoir quasiment qu'un son direct), subit une réverbération très longue – sans compter, dans le Mozart, il y avait au bas mot cinq secondes de rémanence trouble à la fin des mouvements (sept, c'est Saint-Sulpice, le genre de lieu où il est quasiment impossible physiquement de produire de la musique audible). Le concerto pour vents (hautbois, clarinette, basson, cor) de Mozart – ou quelqu'un d'autre… il en a écrit un, mais on n'est pas complètement persuadé que ce soit celui-là ! – était bien sûr joué à l'ancienne, assez peu vif d'esprit et d'articulation ; après l'impression fugace d'entendre Böhm avec le Philharmonique de Berlin, c'est plutôt le sentiment d'épaisseur qui domine ; même avec un petit orchestre (trois contrebasses tout de même, pour un concerto mannheimois), le résultat tire résolument vers le pâteux. Là aussi, je n'ai pas de doctrine forte : je n'ai rien contre un Mozart moelleux et voluptueux, et je ne cherche pas tout prix le boyau dans ce répertoire… mais aussi lent, pour une œuvre d'une densité musicale mince (le classicisme est toujours périlleux en salle, mais quand c'est du mauvais Mozart, c'est d'autant plus difficile), l'ensemble finit par paraître pauvre et inutilement long. Van Dyck, Putto de CSS jouant avec le gras de Barenboim. Au demeurant, l'orchestre est loin d'être laid ; des cordes vraiment allemandes, très rondes et homogènes, une très belle clarinette solo transparente, presque acide, et le hautbois solo d'orchestre pendant le concerto (second hautbois, une dame, je vérifierai plus tard, leur site ne fait pas la part belle aux musiciens) disposait aussi d'une belle franchise et d'un atypique et séduisant vibrato. C'est avant tout ce qu'en fait Barenboim – c'est pareil lorsqu'il dirige la Scala, Berlin et même dans certains cas Chicago. Après avoir attendu patiemment la fermeture du robinet de Mozart (en finissant par penser vaguement à autre chose), arrive l'œuvre attendue (mais pourquoi prendre une heure de notre vie, entracte inclus, pour faire semblant de jouer Mozart, alors que personne ne vient pour ça ?), voici la Septième Symphonie de Bruckner. Je tiens à m'en excuser tout de suite, le public était manifestement très content, les commentaires lus d'autres mélomanes enthousiastes (même ceux qui n'avaient pas aimé la Cinquième de la semaine dernière), on a confié de grandes maisons à ce chef vénérable, qui a bien davantage étudié la musique que moi, et je ne prétends surtout pas avoir raison contre tout le monde. Je ne puis néanmoins dire que ce que j'ai entendu, à tort (vraisemblablement) ou à raison. Première chose qui frappe, l'épaisseur, du son (où sont passées les parties intermédiaires ?) comme de l'esprit. L'œuvre se prête bien à la lenteur, mais cela n'inclut pas nécessairement les trémolos prosaïques – et même, au premier mouvement, des tutti assez peu homogènes. → À propos de trémolos, assez étonné de voir pendant une assez longue période des trémolos réalisés dans le sens inverse (et entre le violon solo et le chef d'attaque derrière lui !), très rare dans les orchestres de très haut niveau, je me demande pourquoi. Quelle œuvre éprouvante pour les poignets, cela dit (trémolos à peu près permanents aux cordes). Étrangement, le deuxième mouvement est assez rapide, ce qui n'empêche pas l'absence à peu près totale de tension : même les grandes marches harmoniques enflent très lentement et calent. C'est même vérifiable visuellement : Barenboim suggère beaucoup les effets de masse et de souffle (littéralement), et agit beaucoup moins sur les progressions. Plutôt qu'une mutation progressive vers le climax, j'y entendais une vaste flaque, où toutes les ruptures étaient gommées, dans un climat plus morose que véritablement intense. Ce n'est pas une question de niveau, il n'y avait pas à redire sur la réalisation technique (sauf sur le climax très opaque, saturé de lignes de cordes secondaires au détriment des parties thématiques aux cuivres), mais plutôt de conception : le grand choral n'était jamais présenté comme une rupture, mais comme un simple thème secondaire, et son articulation très legato lui ôtait son caractère affirmatif, presque verbal. J'ai beau chercher, je ne vois pas bien l'intérêt du parti pris (sauf à supposer que plus homogène et plus legato est forcément meilleur). Le scherzo siégeait évidemment sur le versant massif (lourd, plus exactement) et pas du côté de la danse ou du folklore. D'une manière globale, je n'ai pas réussi à être intéressé par ce qui m'a semblé le plus caractéristique de la vision de Barenboim : spectre sonore bouché (cordes thématiques quasiment seules audibles), refus de la rupture (ce qui rendait certains passages peu intelligibles, puisque précisément fondés sur la discontinuité), vision de Bruckner comme un grand aplat immobile. C'est précisément ce dernier point qui est le plus frustrant, puisqu'on a vite l'impression d'entendre sans cesse le même climat, sans altération, au sein d'un langage qui ne brille déjà pas, au naturel, par sa variété. Putto de CSS constatant l'ampleur des lignes intermédiaires inaudibles. Détail en stuc de l'Oratorio del Santissimo Rosario di San Domenico, à Palerme. J'étais très envieux de mon voisin, totalement conquis (comme à peu près toute la salle, semble-t-il), qui prenait de grandes inspirations au moment des articulations-clefs, et qui semblait jubiler complètement, confiant à sa femme tout ce que j'aurais aimé entendre sur la qualité de construction des crescendos, des retours thématiques… Ce n'est pas faute d'avoir essayé d'écouter l'œuvre toute nue, de ne pas prêter garde à l'interprétation, et de tout simplement profiter du plaisi d'entendre l'œuvre en vrai (pour la première fois de surcroît !). Ça fonctionne assez bien d'ordinaire, mais j'étais déjà trop frustré de m'enfermer alors que le temps invitait à la balade en forêt profonde, ou trop irréconciliablement éloigné de ce que proposait Barenboim – et Bruckner (comme Meyerbeer par exemple) est fragile, il peut devenir pénible s'il est interprété à rebours de sa logique musicale propre. Alors que Beethoven, y compris massacré autant qu'on voudra, restera toujours jubilatoire, ses ressorts étant différents. Croyez bien que je suis fort fâché (et passablement honteux) de sortir d'un concert aussi prestigieux en émettant une réprobation si uniforme (à défaut, je l'espère, d'être trop outrancière), mais elle reflète si bien tout ce qui m'a tenu éloigné de Bruckner – l'extériorité, l'immobilité, le tapage, l'odeur de moisi. Je me suis demandé aussi la raison de cette disposition des seconds violons et altos à droite (donc instruments tournés loin de la majorité du public) qui ne faisait que renforcer le déséquilibre au détriment des parties intermédiaires, sans que la nécessité antiphonique soit très évidente dans Bruckner. 4. Dans/pour le public. La salle, pleine, semblait très satisfaite. Sans être au point du délire, l'accueil était très chaleureux, et l'essentiel du parterre, de l'arrière-scène et quelques portions du second balcon se sont levés pour acclamer Barenboim (et non l'orchestre, c'était très clair). Je n'ai pu, en toute honnêteté, faire de même, et ai joué seul les vilains petits canards blasés. Public d'initiés manifestement : pas de toux, ni d'applaudissements entre les mouvements… en revanche, dès que le premier musicien a cessé de pousser ou de souffler, alors que la salle était encore complètement saturée de résonance, des avalanches d'applaudissements que j'ai trouvées un rien philistines. Il est vrai que, même depuis le parterre (où l'on m'a gracieusement replacé), l'acoustique un peu grumeleuse a sans doute accentué les problèmes, et l'orchestre n'a sans doute pas eu le temps, comme les intervenants réguliers, d'en tirer le meilleur parti. Barenboim maîtrise par cœur les œuvres du soir, ce qui force l'admiration – mais en même temps, vu l'étendue très relative de son répertoire, ça relativise, sûr que c'est plus difficile à assurer pour Antoni Wit, Gerd Albrecht ou Lothar Zagrosek… [Par ailleurs, il en est quasiment toujours resté aux mêmes éditions des symphonies de Bruckner, ce qui facilite d'autant la tâche.] Il prodigue de nombreuses grimaces à ses musiciens, faisant mine des les gourmander, sans qu'il soit possible de déterminer s'il leur reproche leur manque d'attention à ses consignes ou les incite simplement à prendre du plaisir aux belles choses qu'ils font déjà. Dernière anecdote, l'impression bizarre lorsque le chef d'attaque à la droite du second violon solo se précipite pour lui tendre le verre d'eau au pied du podium ; évidemment, il n'est pas prudent, à son âge, de faire cambrer le Maître du haut de son piédestal, mais l'empressement fébrile, aussi bien pour le tendre que le reposer, a quelque chose d'un culte monarchique un peu suranné, l'impression d'apercevoir une figure semi-divinisée – et la réaction du public ne fait que prolonger l'atmosphère. Pourtant, Barenboim n'est pas une superstar populaire comme d'autres chefs, mais sa célébrité et sa cote de sympathie chez les mélomanes semble décidément très élevée. Pour ma part, je n'ai jamais beaucoup prisé Barenboim, toujours assez épais et opaque, et contrairement à bien de ses contemporains (Abbado et surtout Mackerras, au contact des interprétations musicologiques, Muti au sein de son style propre, mais même Haitink…), n'a jamais semblé évoluer dans ses conceptions, comme s'il n'avait jamais réinterrogé les pratiques de ses débuts, ou jamais écouté ce qui se produisait autour de lui. Au sein d'un legs rarement indispensable, il existe cependant de très beaux disques : son Elektra avec Polaski, certains de ses Wagner (Tannhäuser par exemple, Tristan bien sûr), ses concertos de Mozart (surtout grâce au pianiste qu'il est, certes), les symphonies de Beethoven avec la Staatskapelle Berlin, et par-dessus tout ses Schumann très singuliers ce même orchestre. Pour la Staatskapelle Berlin, la sélection serait immense, je renvoie à celle de la notule qui y est consacrée . 5. Aimer Bruckner. Après avoir démoli à peu près tous les aspects de ce que propose Barenboim, je puis difficilement m'esquiver sans proposer quelques médications (et occasions de se gausser de moi, c'est de bonne guerre). Dans la Septième Symphonie, pas mal de possibilités : ¶ les tradis, où l'ampleur générale et la densité du pupitre de cordes sont capitales : Jochum-Berlin, Celibidache-Berlin, Karajan-Berlin, Jochum-Dresde ; ¶ les hédonistes, où les équilibres timbraux sont particulièrement choisis : Suitner-Staatskapelle Berlin, Jansons-Concertgebouworkest, Venzago-Bâle (inhabituellement modéré), Chailly-DSO Berlin ; ¶ les dramatiques, davantage tournés vers la construction, parfois avec une certaine noirceur (Sanderling !) : P.Järvi-Radio de Francfort (Hesse), Böhm-Radio Bavaroise, Giulini-Philharmonia, Sanderling-Stuttgart ; ¶ les classiques, apaisés et épurés, tel Masur-Gewandhaus ; ¶ les cursifs, plus rapides et directionnels, au besoin violents, comme Kreizberg-Wiener Symphoniker (très doux, lui), Furtwängler-Berlin (1942), Andreae-Wiener Symphoniker, Mravinsky-Leningrad ; ¶ et bien sûr les réductions et transcriptions : l'Adagio réduit pour piano par Bruckner (par Fumiko Shiraga, strates miraculeuses ) ; celle de la symphonie entière pour dix musiciens, c'est-à-dire quintette à cordes (deux violons, alto, violoncelle, contrebasse), clarinette, cor, piano à quatre mains et harmonium, commandée par Schönberg à Erwin Stein, Hanns Eisler et Karl Rankl, dont il existe au moins deux superbes réalisations, le Thomas Christian Ensemble chez MDG et le Linos Ensemble chez Capriccio. De quoi se rassasier largement sans recourir à Barenboim (dont les intégrales ne sont pas vilaines, sans se distinguer particulièrement non plus). Pour le cycle complet, le choix ne manque pas parmi les grandes versions très habitées (Andreae, Jochum, Karajan, Inbal, Chailly, Skrowaczewski, Venzago…) ; pour ma part, je trouve particulièrement satisfaction dans la nouvelle intégrale d'Inbal sur le vif à Tokyo (Orchestre Métropolitain, chez Exton), particulièrement intense, Jochum à Dresde (surtout pour la première moitié du cycle, et il faut apprécier les cuivres très acides et même tout à fait stridents), Masur à Leipzig (d'une paix incroyable, sans être le moins du monde relâché). 6. Le point acoustique Pour terminer, je remarque une difficile réacclimatation à l'acoustique de la Philharmonie : il est assez désagréable de ne pas entendre le son directement, voire de l'entendre brouillé par une réverbération très généreuse, et même de très bonnes places, très proches de l'orchestre. Seuls endroits d'où l'on entend (très) bien, là où l'on est le plus loin, parce que le son, quoique réverbéré, ne nous parvient qu'en une fois, et non avec l'écho de toute la longueur de la salle. Les qualités sonores de cette salle asymétrique peuvent d'ailleurs drastiquement varier d'un côté à l'autre, et même à quelques sièges de distance dans le même bloc. Il faut un certain temps pour isoler les bons endroits, et les places les plus chères ne sont pas extraordinaires à vrai dire. Le concept des nuages était super mignon (et les espaces sont particulièrement beaux, comme derrière le parterre, dommage de ne pas les aménager !), mais forcément, pour de la musique qui réclame l'audition de parties intermédiaires et une certaine précision, c'était clairement une fausse bonne idée. Espérant que vous ne lui tiendrez pas trop rigueur de ces bougonneries qu'elle a tenté de circonstancier, la joyeuse cohorte des korrigans & putti de céans vous donnent rendez-vous bientôt pour des aventures plus agréablement exemplaires et édifiantes.



Carnets sur sol

30 juin

[Carnet d'écoutes n°97] – La Dame de Pique de Herheim & Jansons

Après en avoir lu les plus grands éloges, visionnage de la Dame de Pique de Tchaïkovski mise en scène par Herheim et dirigée par Jansons (avec le Concertgebouworkest). Un produit de très grand luxe, où se réunissent les meilleurs chanteurs du moment pour ces rôles (Aksenova-Ignatovich, Diadkova, Didyk, Markov), un des metteurs en scène les plus inventifs et copieux de la scène actuelle, et un chef-orfèvre, familier de l'orchestre. Après la réussite du très beau disque publié par la radio bavaroise et sensiblement les mêmes protagonistes (dans une discographie officielle qui compte très peu d'enregistrements pleinement convaincants, voire aucun depuis 60 ans), on attend beaucoup, et c'est peut-être pourquoi on n'est pas tout à fait comblé. Ceux qui ont fait le déplacement semblent complètement transportés, et cela s'explique aisément. Moi, au visionnage de la retranmission par Arte Concert (toujours disponible ), je ne suis pas complètement enivré. ¶ Scéniquement d'abord et surtout : Herheim se loge entre le Guth de Fierrabras (ou dans une moindre mesure ses propres Maîtres chanteurs ), où l'on voit le créateur se mélanger à l'histoire qu'il crée (Felice Romani l'avait déjà magistralement prévu pour Il Turco in Italia… en 1814), et le Tcherniakov de Don Giovanni, avec la réorganisation des relations entre personnages (où les relations amoureuses se démultiplient, et de façon assez déviante). Rien de très neuf en vérité, et je trouve que ça ne fonctionne pas très bien : Tchaïkovski incarné sur scène qui s'asseoit pour faire semblant de jouer du piano dès qu'il y a des flonflons à l'orchestre, c'est assez peu instructif (voire un brin paresseux). Ses interventions sont dans l'ensemble assez prévisibles, aussi. – Quelques belles images, comme le luste-encensoir (pendant le chœur hors scène dans la chambre de Herman) ou la procession funèbre de la Comtesse, assez saisissante, mais pas beaucoup de sens à se mettre sous la dent, et un concept qui force l'action à se restreindre, voire à privilégier le front de scène, puisque le compositeur dirige en temps réel ses personnages… Sur un drame aussi peu méta-, et d'une telle force brute, ça ne prend pas réellement, en tout cas chez moi et avec les cadrages télévisuels. – Le concept n'est pas vraiment opérant, mais le détail non plus n'est pas soigné : ainsi la rencontre tout de suite tactile entre Lisa et Herman (ce qui démonétise les vingt minutes de suppliques qui suivent), ou bien l'ignorance de certains traits musicaux (la clarinette affolée de Lisa censée faire un mouvement de fuite, alors qu'elle marche très tranquillement ici, déconnectée de ce nous signifie pourtant le vrai Tchaïkovski). Le reste est (musicalement, donc), très bien, mais comme on m'avait promis une référence ultime, je suis assez frustré par quelques détails. ¶ Vocalement, Misha Didyk a été plus engagé (notamment dans le disque de la Radio Bavaroise, ou dans le Trouvère où il était si étrange ), même s'il demeure complètement admirable. De même, Svetlana Aksenova(-Ignatovich), l'une des toutes meilleures sopranes russes en activité, extrêmement impressionnante et vivante dans la distance d'une salle, paraît, captée de près, d'un timbre peu séduisant, et légèrement raide scéniquement. Clairement, ils sont desservis par l'illusion de proximité de la captation, qui déforme leurs vertus bien plus électriques en salle. ¶ Enfin Mariss Jansons est peu habitué des scènes d'opéra, et cela se sent : quantité de décalages là où on n'en entend pas d'habitude (les figures d'accompagnement de la ballade de Tomski ou de l'hymne à la nuit de Lisa partent dans le décor) et une tendance à mettre en difficulté les chanteurs par des tempi très lents qui ne tiennent pas compte de leurs aptitudes ou de leur confort – l'hymne à la nuit, justement, en plus d'être à mon avis en décalage avec sa logique propre, empêche Aksenova d'exprimer le texte, du fait des longues tenues très athlétiques dans le moment qui est déjà, en général, le moins réussi par les interprètes, très périlleux techniquement. Ce devait être une expérience tout à fait palpitante en vrai, mais quand on ne dispose que de la retranmission, ce n'est pas tout à fait euphorisant. Autant écouter le disque munichois, qui résiste bien mieux (et même tout à fait bien !).

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25 juin

Opéra de Tours, nouvelle saison lyrique 2016 – 2017

Opéra de Tours, saison lyrique 2016 – 2017. Présentation générale et temps forts de la saison opéra à Tours sous la conduite de son nouveau directeur, le chef d’orchestre, Benjamin Pionnier. Si l’on voulait dégager une ligne artistique principale, la nouvelle saison lyrique tourangelle met l’accent sur les grandes amoureuses tragiques et passionnées, telle Lucia, Tosca, Russalka, sans omettre la délicieuse Lakmé. C’est de toute évidence, l’affirmation au Grand Théâtre de Tours, du répertoire autant lyrique que symphonique, car ici, Puccini, Dvorak, ou Delibes affirment, chacun idéalement, un sens de la couleur et des atmosphères phénoménal. Pour servir ces choix prometteurs, l’Opéra accueille quelques grandes divas de l’heure, sans omettre la coopération toujours active de l’orchestre maison, l’OSRCVLT – Orchestre symphonique Région Centre-Val de Loire / Tours, invité à défendre des partitions orchestralement passionnantes… Pas moins de 7 propositions lyriques à venir en 2016 – 2017, à partir de septembre 2016 à l’Opéra de Tours qui propose ainsi, d’abord en ouverture de saison nouvelle, un somptueux récital lyrique mettant en avant l’une des divas françaises les plus bouleversantes de l’heure (et ces dernières années étrangement absente du paysage hexagonal), la soprano coloratoure Annick Massis. L’équipe de Classiquenews se souvient de son éblouissante Traviata à Liège (VOIR notre reportage vidéo exclusif) : incandescence des phrasés d’une finesse absolue, technicité coloratoure parfaite, surtout instinct et style vocal d’une irréprochable vérité : des qualités aussi exceptionnelles que rares qui font de “La Massis”, l’une des dernières divas belcantistes de notre siècle avec … Edita Gruberova. La diva a tout aujourd’hui pour convaincre et éblouir et c’est un récital événement qui se profile ainsi à Tours, le vendredi 16 septembre 2016 , 20h (Airs d’opéras de Donizzetti, Bellini, Rossini, Massenet, Debussy… sous la direction de Benjamin Pionnier). Puis en octobre 2016, pleins feux sur le chant bel cantiste de Donizetti avec Lucia di Lammermoor, sommet du romantisme italien, créé à Naples en septembre 1835. Désirée Rancatore et Jean François Borras chantent le couple éprouvé, tragique des amants magnifiques Lucia et Edgardo. Lucia appartient bien à cette généaolgie de jeunes femmes sacrifiées, qui contrainte par les hommes de son clan, assassine l’époux qui lui a été imposé, le soir de ses noces, puis paraît ensanglantée, en proie à un délire destructeur, folle, ivre, détruite… Les 7, 9 et 1 octobre 2016 (Benjamin Pionnier, direction / Frédéric Bélier-Garcia, mise en scène). Pour les fêtes de fin d’année 2016 – (le 31 décembre à 19h), rien ne vaut la grâce et l’élégance de l’opérette viennoise, celle de Franz Lehar : Au Pays du sourire , comédie alliant profondeur, nostalgie, insouciance, créée à Berlin à la veille de la barbarie nazie, le 29 octobre 1929. L’exotisme du sujet dessine une rencontre amoureuse prise entre salons viennois et traditions pékinoises… L’ouvrage affirme une pure séduction mélodique grâce à plusieurs numéros devenus des tubes : “Je t’ai donne mon cœur”, “Prendre le thé à deux”… Nouvelle production, avec Gabrielle Philiponet et Sébastien Droy (Lisa et Prince Sou-Chong) entre autres, sous la direction de Sébastien Rouland. 2017 L’Opéra de Tours a toujours su favoriser les perles oubliées ou relativement jouées du romantisme français… pari confirmé début 2017 avec un sommet d’orientalisme suave et mélodiquement irrésistible : Lakmé, créé à Paris le 14 avril 1883, de Léo Delibes . Que deviendra la fille du Brahmane, éprise du bel officier anglais ? Comment pèse ici encore le poids des traditions et des cultures différentes ? L’ouvrage exige dans le rôle titre une jeune soprano coloratoure de premier plan (récemment Sabine Devielhe). A Tours, sous la direction de Benjamin Pionnier, c’est Jodie Devos qui relèvera ce défi vocal, aux côtés du ténor Julian Dran dans le rôle de l’anglais Gérald… sans omettre la participation de Vincent Le Texier (Nilakhanta) Les 27, 29, 31 janvier 2016 . A ne pas manquer la série de “complicités”, événements culturels et musicaux au thème proche, comme par exemple : “Les nuits de Jaipur” par Doulce Mémoire et Denis Raisin Dadre, le 19 janvier à 20h ; ou précédemment, au Musée des Beaux-Arts, la lecture conférence “Delacroix orientaliste le 28 janvier à 16h… Visiblement la confrontation / fascination Orient, Occident inspire l’Opéra de Tours. En mars 2017, la scène tourangelle affiche une comédie musicale signée Mitch Leigh, créée au Goodspeed Opera House en juin 1965 : L’homme de la Mancha , première à l’Opéra de Tours. Jean-LOuis Grinda qui vient d’arriver aux Chorégies d’Orange signe la mise en scène ; Didier Benetti, assure la direction musicale, avec dans le rôle-titre : Nicolas Cavallier (Don Quichotte et Cervantes), Raphael Brémard (Sancho Pancha), Estelle Danière (Dulcinée)… Ce Don Quichotte enamouré, ivre de sa passion inacessible aurait pu s’appeler aussi “l’Homme des étoiles”… Les 24, 25 et 26 mars 2016 . Volet lyrique tragique et hautement orchestral pour quatre dates d’avril 2017 (les 21, 23, 25 et 27 avril) avec Tosca de Puccini (créé à Rome, la ville où se passe l’action même, le 14 janvier 1900). Chanteuse passionnée, Floria Tosca aime passionnément le libertaire et bonapartiste peintre Mario Cavaradossi : mais le couple amoureux s’oppose au cruel et jaloux préfet de la police de Rome, le monarchiste pervers, Scarpia. Inspiré de la pièce de Victorien Sardou, Tosca de Puccini est un sommet de l’opéra italien au début du siècle, d’une violence et d’une tendresse spectaculaire. Dans le trio captivant, trois chanteurs à suivre à Tours : Maria Katzarava (Tosca), Angelo Villari (Mario), et Valdis Jansons (Scarpia). Ne manquez pas outre la prière à la Vierge de Tosca (le fameux Vissi d’amore, vissi d’arte…), le finale du premier acte où Scarpia démiurge à l’église, conduit la foule des adorateurs, clergé, fidèle, soldats… Un tableau irrésistible qui exige du chef, de l’orchestre, des solistes et des chœurs, une parfaite mise en place… Benjamin Pionnier, direction musicale. Pier-Francesco Maestrini, mise en scène. Pour conclure sa saison 2016 – 2017, l’Opéra de Tours affiche en mai 2017 une autre amoureuse magnifique et tragique du début du XXè : Russalka d’Anton Dvorak (créé à Prague le 31 mars 1901). Ce sommet de l’opéra en langue tchèque, véritable immersion dans la féerie aquatique et fantastique, est portée par le chef Kaspar Zehner et la mise en scène de Dieter Kaegi. Dans le rôle-titre, Nathalie Manfrino, qui relève les défis de la langue de Dvorak. A ses côtés : Johannes Chum (le Prince), Michail Schelomianski (Ondin), Isabelle Cals (la princesse étrangère). Là encore il est question comme pour Lucia, d’une amoureuse capable du sacrifice ultime. La nymphe des eaux Russalka renonce à sa nature et à son identité première pour aimer le beau prince inconnu qui se baigne dans le lac… mais après quelques avatars, la jeune amoureuse doit perdre le seul être qui comptait. Les 17, 19 et 21 mai 2017. Toutes les productions lyriques sont réalisés avec le concours de l’Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire / Tours, des Choeurs de l’Opéra de Tours. Bonus / nouveautés : l’Opéra de Tours poursuit ses conférences présentant les ouvrages lyriques avant chaque série de représentations, mais aussi élargit ses propositions en intégrant de nouveaux spectacles, lectures, conférence : les “complicités“… le Grand Théâtre organise en partenariat avec le musée des Beaux-Arts de Tours et le Conservatoire par exemple…, des événements au sujet complémentaire avec les soirées lyriques présentées au Grand Théâtre. Consultez le site de l’Opéra de Tours pour identifier les propositions qui vous inspirent selon chaque ouvrage lyrique de la nouvelle saison 2016 – 2017. Saison lyrique 2016 – 2017 de l’Opéra de Tours AGENDA : 1 récital majeur / 6 opéras Ouverture de saison : récital lyrique Annick Massis Vendredi 16 septembre 2016, 20h Réservez Donizetti : Lucia di Lammermoor Les 7, 9 et 11 octobre 2016 Réservez Franz Lehar : Le Pays du sourire Les 24, 28, 30 et 31 décembre 2016 Réservez Lakmé de Léo Delibes Les 27, 29, 31 janvier 2017 Réservez L’Homme de la Mancha de Mitch Leigh, 1965, première à Tours Les 24, 25 et 26 mars 2017 Réservez Tosca de Puccini Les 21, 23, 25 et 27 avril 2017 Réservez Russalka d’Anton Dvorak Les 17, 19 et 21 mai 2017 Réservez Informations, réservations sur le site de l’Opéra de Tours Grand Théâtre de Tours 34 rue de la Scellerie 37000 Tours Billetterie Ouverture du mardi au samedi 10h00 à 12h00 / 13h00 à 17h45 02.47.60.20.20 theatre-billetterie@ville-tours.fr Le chef d’orchestre Benjamin Pionnier, nouveau directeur de l’Opéra de Tours

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